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La Biodiversité une chance, Nous avons un plan B!

Présentation à la presse par Actes-Sud du livre que j’ai co-écrit avec Gilles Luneau, Rédacteur en chef de GLOBALMagazine.

Communiqué de Presse - Le Plan B_001Communiqué de Presse - Le Plan B_002

octobre 4, 2013 at 2:38 Laisser un commentaire

Nagoya: Retour sur les coulisses d’une négociation

Commission Environnement hier. Huit jours après mon retour du Japon. Thème abordé: la COP10 de Nagoya. L’occasion de faire un point sur les résultats et les coulisses de la Conférence et de la place prise par l’Union dans la lutte pour la préservation de la biodiversité.

novembre 10, 2010 at 11:22 1 commentaire

Biodiversité: L’accord de Nagoya est bien historique

(Par Sandrine Bélier – MEP Europe Ecologie – Verts/ALE / Première publication sur Terra Eco) De la joie, des larmes, des applaudissements : c’est ce qu’a vu la députée européenne Europe Ecologie Sandrine Bélier à la clôture du sommet de l’ONU sur la biodiversité. Récit.

Jusqu’aux dernières heures de la plénière de clôture du sommet international de l’ONU pour la préservation de la biodiversité, nous nous sommes tous demandé si les 190 pays parties parviendraient à s’entendre sur un accord ouvrant des perspectives de préservation et gestion de notre patrimoine naturel mondial juste et durable. Durant les quinze jours de cette Convention, les négociations ont été difficiles, chaque mesure, chaque expression ou mot utilisé a été pesé et discuté. Et samedi 30 octobre, à 1h32 du matin, une issue a finalement été trouvée, in extremis, exprimant, avant tout, la volonté commune de la communauté internationale de lutter contre la perte de la biodiversité et d’assurer un avenir à l’humanité.

Au cœur de cette dernière réunion décisive, la tension et l’inquiétude étaient palpables. Les trois textes, à savoir le plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020, le protocole ABS (Access and Benefits Sharing) et les mécanismes financiers ont été négociés jusqu’à la dernière minute. Menée de main de maître par Ryu Matsumoto, président de la COP10 et ministre de l’Ecologie japonais, cet ultime rendez-vous s’est soldé par un succès diplomatique indéniable, le premier grand accord international pour l’environnement depuis le protocole de Kyoto, entré en vigueur en 1995.

Chacun avait à l’esprit l’échec du sommet de Copenhague sur le climat, et nul doute que le spectre d’un nouveau fiasco a été pour beaucoup dans la motivation des parties de parvenir à un accord. L’aboutissement de cette réunion est en effet le résultat d’un travail acharné de toutes ces parties, d’une volonté de compromis inaliénable et d’une préoccupation pour le futur de notre planète indéniable. Grâce à ce résultat, nous pouvons enfin envisager le processus de construction d’une relation harmonieuse avec notre monde. Cet accord, composé de trois principaux textes, fait renaître l’espoir dans notre capacité à faire face solidairement aux principaux enjeux du XXIe siècle.

Le plan stratégique de la Convention sur la diversité biologique, appelé désormais « Protocole d’Aïchi », inclut en effet 20 objectifs principaux, organisés en vertu de cinq buts stratégiques. Il constitue un cadre général non seulement pour les politiques de préservation de la biodiversité, mais aussi pour l’ensemble de politiques sectorielles qu’a à développer le système des Nations unies. Non juridiquement contraignant, il repose sur l’engagement des parties à transposer ce cadre international général en stratégie et plan d’action nationaux pour la biodiversité d’ici deux ans.

Parmi les objectifs, les parties se sont notamment entendu pour réduire au moins de moitié ou, lorsque possible, à près de zéro le taux de perte d’habitats naturels, y compris les forêts. Elles ont en outre établi un objectif d’aires protégées à hauteur de 17% pour les zones terrestres et les eaux continentales et de 10% pour les zones marines et côtières. Par la conservation et la réhabilitation, les gouvernements restaureront au moins 15% des zones dégradées, et se sont engagés à un effort spécial pour réduire les pressions affligeant les récifs coralliens. Enfin, d’ici à 2020 au plus tard, les incitations, y compris les subventions néfastes pour la diversité biologique, sont éliminées, réduites progressivement ou réformées, afin de réduire au minimum ou d’éviter les impacts défavorables.

Autre point clé, l’adoption d’un protocole contraignant, appelé « Protocole de Nagoya », sur l’accès et le partage des avantages tirés des ressources génétiques et des savoirs traditionnels associés. Cet acte majeur dans la lutte contre la biopiraterie – même si le texte est marqué par la difficile négociation et la recherche du consensus – doit être salué. Sont enfin actées, après huit ans de négociations, l’obligation d’obtenir le consentement préalable donné en connaissance de cause de l’Etat fournisseur, l’obligation de partager les avantages (matériels et non matériels) issus de l’utilisation des ressources et des savoirs accédés et la mise en œuvre d’un système de traçabilité des ressources une fois le pays fournisseur quitté. L’application stricte de ces principes devrait permettre de rétablir l’équilibre des relations entre les pays du Sud riches en biodiversité et les pays industrialisés qui l’utilise.

Dire aujourd’hui que le Sommet de Nagoya est un succès relève d’un parti pris : celui de voir le verre à moitié plein. Considérer l’accord de Nagoya comme un accord historique n’est pas qu’une vue de l’esprit. Parce qu’il s’est passé quelque chose d’historique, dans la période de crises que l’ensemble des habitants de la planète vit de plus en plus durement ces dernières décennies. Parce qu’il y a un avant et un après Nagoya dans la perspective d’une nouvelle gouvernance mondiale environnementale. Alors, certes, reconnaissons que l’accord est loin d’être parfait et suffisamment contraignant. Il est bien sur en deçà de nos ambitions. Mais il est une étape décisive dont nous avions tous besoin.

Ce n’est pas renoncer à faire mieux que d’admettre la réussite de ce rendez-vous et de reconnaître le levier qu’il constitue pour l’avenir de la lutte contre la perte de la biodiversité, le dérèglement climatique, la lutte contre la pauvreté, pour l’avenir de l’humanité. Dans le contexte, personne aujourd’hui ne peut raisonnablement soutenir qu’il ne constitue pas un pas important vers une redéfinition de nos relations économiques et diplomatiques avec les pays du Sud. Personne ne peut affirmer qu’il n’est pas le début d’une nouvelle gouvernance mondiale et d’une réelle prise de conscience de l’urgence à agir.

Il fallait être au cœur de cette plénière et vivre la joie, les larmes, les applaudissements et le soulagement sur tous les visages, après des semaines, des heures de négociations ardues, pour mesurer ce que comporte cet accord de Nagoya. Oui, tous les visages, sans exception. Des Brésiliens aux Cubains, en passant par les pays africains, les Japonais et les représentants de l’Union européenne. Un vent d’espoir a véritablement soufflé sur les délégués présents à Nagoya aux premières heures de ce 30 octobre 2010.

Une nouvelle dynamique s’est enclenchée, qui ne minimise en rien l’échec de Copenhague, mais nous montre, enfin, malgré sa fragilité, que le sommet de Cancún, du 29 novembre au 10 décembre, peut lui aussi, se solder par la réalisation d’un compromis prometteur. Le début d’une nouvelle ère. Celle d’hommes et de femmes de bonne volonté, d’hommes et de femmes responsables et conscients de l’urgence à apporter des réponses pour sortir de la crise écologique.

novembre 10, 2010 at 9:22 1 commentaire

COP10 Nagoya: Un accord mondial sur la biodiversité est encore possible

(Première publication sur Terra Eco) Cette seconde semaine de négociations internationales a été difficile et faite de rebondissements. Face au blocage et au risque sérieux de ne déboucher sur aucun accord à l’issue du sommet, jugé par tous désastreux pour la poursuite de toutes négociations internationales à venir, le rythme de travail des négociateurs et des différentes délégations a été renforcé. Le mot d’ordre : il faut un accord de Nagoya. Mais pas n’importe quel accord. Dans ce cadre, et consciente du rôle d’influence qu’elle pouvait jouer, la délégation parlementaire européenne a multiplié les rencontres formelles et informelles : de Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la CDB (Convention sur la diversité biologique), à la délégation africaine ou la délégation des USA, aux ministres japonais ou français, en passant par les associations (UICN, BirdLife…). La coopération avec la Commission Européenne et le Commissaire Janez Potocnik, nous ont permis de suivre au jour le jour l’avancée des travaux, tant sur le plan stratégique que sur le protocole ABS (accès et partage des avantages).

De nombreux signes positifs ont émergé durant ces derniers jours. Cependant, la fragilité du compromis est toujours prégnante et à quelques heures de la clôture de ce sommet onusien sur la biodiversité de Nagoya, personne ne peut véritablement dire encore quelle en sera l’issue. Travaillant tard dans la nuit, depuis dimanche dernier, les délégués à la 10ème Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (COP-10) ont essayé de trouver un accord sur la mission du plan stratégique 2011-2020. Le plan, partie cruciale du paquet de décisions qu’on attend de la COP-10, pourrait être adopté le 29 octobre, pendant la dernière session plénière de la réunion. Malgré les progrès des derniers jours, à la veille du dernier jour de négociations, le texte soumis à la considération des Parties contient encore plusieurs libellés entre crochets, sur les dispositions essentielles.

Les négociateurs se sont entendus cette semaine sur la vision globale du plan : « Vivre en harmonie avec la nature où, d’ici à 2050, la diversité biologique est valorisée, conservée, restaurée et utilisée avec sagesse, préservant les services écosystémiques, maintenant la planète en bonne santé et procurant des avantages essentiels à tous les peuples ». Pourtant, ils n’ont pas pu trouver un consensus quant à sa mission effective. Hier, l’Union européenne, l’Australie, les Iles du Pacifique, la Suisse et la Norvège ont appelé à un message politique fort, soutenant l’option « mettre fin, d’ici 2020 » à l’érosion de la biodiversité. D’autres, tels que le Brésil, la Chine, le Groupe Africain, et l’Inde, ont appuyé l’option « dans la perspective de l’arrêt de l’érosion de la biodiversité d’ici 2020 ». Le Mexique a suggéré une troisième option : utiliser la formulation « mettre fin », mais sans y fixer de date butoir.

De manière similaire, les états n’ont pas encore abouti à un accord sur le niveau d’ambition concernant les aires protégées. Les crochets sont maintenus autour des chiffres dans le 11ème objectif du Plan : d’ici à 2020, au moins 15%, 20% ou 25% des superficies terrestres et d’eaux intérieures et 6%, 10% ou 20% des zones marines et côtières auront été conservées. L’objectif portant sur l’augmentation des capacités (ressources humaines et de financement) d’application de la Convention reste également en suspens.

Des points de blocage durs persistent toujours concernant le protocole ABS. La question centrale reste la limitation de son champs d’application et les discussions portent encore sur les dérivés de l’ADN et sur les pathogènes. Certains pays souhaiteraient en effet y inclure une exception concernant les virus en cas de pandémie mondiale. En marge des négociations sur ce sujet, les pays africains souhaitent affirmer leur poids politique et proposent la création d’un fonds spécial pour répondre à la problématique des ressources transnationales.

Nous l’avons vu ces dernières heures, les États commencent à faire des annonces financières volontaires, dont il faudra vérifier le caractère additionnel et leur engagement effectif. Ainsi, rien n’est encore joué. Même si elle prouve sa compréhension de l’interdépendance des enjeux liés à la biodiversité et au développement, la communauté internationale prend progressivement conscience de certaines limites de notre modèle de développement et de l’urgence à agir. Peut-être sommes-nous en train de redéfinir le contour de nos relations économiques vers un nouveau modèle plus équitable et durable. La volonté exprimée de mobiliser les investissements publics dans la lutte pour la protection de notre capital naturel est à ce titre une excellente nouvelle. Nous pourrions donc aboutir d’ici ce soir à un package juste et ambitieux, composé d’un plan stratégique, d’un protocole ABS et d’une stratégie de mobilisation des ressources. Les hommes et femmes de bonne volonté de Nagoya sont déterminés à réussir. Les prochaines heures seront décisives pour l’avenir de la planète mais aussi pour l’avenir des relations internationales.

Photo: COP10

octobre 29, 2010 at 11:39 Laisser un commentaire

Sommet onusien de la biodiversité (COP10) : La France s’engage – bravo !

(Depuis Nagoya) Après les annonces de financement de la Belgique à hauteur de 10 millions d’euros contre la déforestation et du Japon de 2 milliards pour la biodiversité, c’est maintenant au tour de la France de s’engager de façon significative. Dans son discours au Sommet onusien pour la biodiversité à Nagoya, Chantal Jouanno, Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, vient à l’instant de poser sur la table des mesures concrètes destinées à stopper la perte de la biodiversité. 4 milliards d’euros d’ici 2020, c’est le montant total que la France se dit prête à investir dans l’aide au développement. De plus, elle appelle à l’instauration de zones protégées correspondant à respectivement 20 et 15% de superficie terrestre et marine. Dans le cadre des discussions sur le Protocole ABS, la France défend un accord contraignant et se dit prête à engager 1 million d’euros pour le fond spécial demandé par les pays africains. Enfin, la France soutient clairement la création de l’IPBES avant la fin de l’année.

Par ces nouveaux engagements, la France prouve sa compréhension de l’interdépendance des enjeux liés à la biodiversité et au développement. La communauté internationale prend progressivement conscience de certaines limites de notre modèle de développement et de l’urgence à agir. Peut-être sommes-nous en train de redéfinir le contour de nos relations économiques vers un nouveau modèle plus équitable et durable. Il est clair que je salue la volonté exprimée de mobiliser les investissements publics dans la lutte pour la protection de notre capital naturel.

Les négociations ne s’arrêtent pas à ces annonces. J’ai bon espoir que nous aboutissions d’ici demain soir à un package juste et ambitieux, composé d’un plan stratégique, d’un protocole ABS et d’une stratégie de mobilisation des ressources. La Belgique, le Japon et la France se sont déjà engagés, à qui le tour ?

octobre 28, 2010 at 10:35 Laisser un commentaire

Live from Nagoya #Week2 D2: biodiversité marine : L’UE au cœur de la négociation

Les négociations semblent tourner en rond, les textes avancent doucement…

Biodiversité marine : un enjeu clé et sensible, pour la Présidence japonaise ?

L’état alarmant de nos océans est bien sûr au coeur des négociations de ce Sommet. Surpêche, activités agricoles et pollution, changement climatique et acidification des océans, espèces invasives sont autant de causes de perte de notre biodiversité marine. Juste deux chiffres : rien que pour l’Union Européenne, 88% des stocks de poissons sont en surpêche alors qu’actuellement les espaces marins protégés représentent moins de 10% du territoire. A l’échelle mondiale, seul 0,5% des eaux profondes font l’objet de mesures de protection. Les espaces marins, réservoir d’une biodiversité vitale ont été jusqu’à présent particulièrement négligés, presque tout est à mettre en oeuvre et le plus tôt possible. C’est le message que j’ai voulu faire passer aujourd’hui lors du forum que j’ai eu l’honneur de co-présider avec Yoshino Masayoshi (GLOBE Japon) devant les représentants des parlements du monde, réunis pour discuter d’une possible stratégie de rétablissement des écosystèmes marins, nouvelles politiques de pêche et protection des massifs coralliens.

J’ai réaffirmé les mesures que l’UE, par la voix de son parlement, s’est engagée à prendre dans le cadre de la réforme de la politique commune de la pêche et de son réseau d’aires protégées. Dans sa résolution, le Parlement européen a d’ailleurs appelé la communauté internationale à agir pour la protection de nos mers : cela suppose notamment l’adoption d’un statut de protection des mers et un régime de protection des eaux internationales en haute mer et eaux profondes. A Nagoya, cette disposition est bloquée principalement par le Brésil et le Mexique (que j’ai aimablement interpellés) pour ne pas se priver de potentiels nouveaux forages pétroliers…

Les discussions ont également fait écho aux échanges avec M. Naoto Kan – Premier Ministre – et M. Shoichi Kondo – Vice Ministre de l’Environnement du Japon – plus tôt au Forum. Interrogé sur la question de l’utilisation des ressources halieutiques au Japon, M. Kondo a confirmé que le Japon est un Etat pêcheur et que les poissons sont importants dans la vie alimentaire et culturelle des Japonais. Il a souligné l’importance de l’importation et la nécessité d’avoir une pêche durable en imposant des limites comme l’interdiction de pêcher des «poissons de petite taille».

Mais celui ci a botté en touche suite aux interpellations sur la position du Japon quant à la chasse à la baleine et au dauphin et à son refus d’inscrire le thon rouge à l’annexe I de la CITES (espèces menacées d’extinction et dont le commerce international est interdit, sauf exceptions dans des conditions exceptionnelles comme la recherche scientifique). «C’est important et c’est un problème, mais c’est une question culturelle (…) je ne peux pas répondre à votre question», sont ses mots.

(…)

L’Union Européenne au cœur des négociations

Le rôle de l’Union européenne n’a jamais été aussi important et reconnu dans une négociation internationale. L’UE post-Lisbonne, qui négocie pour 27 Etats, et l’absence des Etats-Unis à la négociation font d’elle le leader des discussions. Sa responsabilité n’en est que plus grande. Le changement de statut se ressent. La résolution pour Nagoya du Parlement Européen, plus ambitieuse que celle du Conseil, est connue des autres parties à la négociation et nous sommes particulièrement sollicités pour faire entendre nos positions (notamment sur le protocole ABS).

Aujourd’hui, nous avons été à plusieurs reprises interrogés sur la position de l’Union européenne. Qui négocie? Quel est le rôle de la Commission, du Parlement, des 27 Etats réunis au sein du Conseil? Tout ça n’est pas encore bien clair dans l’esprit des Etats parties à la négociation. Aujourd’hui, en tant que parlementaires européens nous avons été interpellés sur la position portée par la Commission européenne mandatée pour les négociations sur le protocole d’Accès aux ressources génétiques et partage des avantages (ABS). Pourquoi la Commission européenne négocie en deçà de la résolution du Parlement européen?

La Commission céderait-elle aux sirènes de l’accord à tout prix, à n’importe quel prix, participant ainsi à la grande braderie des objectifs d’une nouvelle stratégie plus opérationnelle que la précédente? Ou, comme elle l’affirme, reste t-elle strictement dans le mandat que le Conseil lui a donné, un mandat sans aucune possibilité de flexibilité – sinon vers le moins disant et le moins engageant?

On nous rapporte et on nous dit que l’UE est active et leader sur le Plan Stratégique, mais source de blocage concernant le Protocole ABS. Si la Commission européenne défend l’adoption d’un protocole, sa démarche fait l’effet, sous couvert de bonnes intentions, de ne viser qu’à défendre ses entreprises privées face à une crainte majeure : la possible conclusion d’un accord G77+ dont elle serait exclue. Elle semble vouloir restreindre au maximum le champ d’application du protocole :
– dans le temps, en refusant toute application rétroactive (à partir de 1992)
– pour les produits concernés, en limitant l’accord aux produits dérivés de l’ADN (excluant ainsi les substances chimiques dans les cellules);
– pour les garanties d’application et de respect de la législation, en s’opposant à l’instauration d’institutions de contrôle dans le pays hôte.

Quant au 3ème enjeu principal de ces négociations – le financement, la position de l’UE (Conseil et Commission) est cette fois beaucoup plus tranchée : Pas maintenant! Absolument rien de concret ne sort des négociations sur la Stratégie de mobilisation de ressources. Les Parties débattent de la définition d’un potentiel processus qui pourrait aboutir en 2012… Alors qu’il est nécessaire, dès demain de mobiliser 15 milliards d’euros par an pour protéger la biodiversité terrestre et côtière. Il suffit d’un engagement de 1% du budget national des pays de l’OCDE pour des mesures nationales de protection de la biodiversité et de 0,3% de PIB pour aider les pays en développement à protéger leur capital naturel… De tels engagements marqueraient une vraie volonté politique de lutte contre la perte de la biodiversité et permettraient la mise en œuvre immédiate des objectifs de lutte contre l’érosion de nos ressources naturelles.

Alors mi–figue, mi-raisin… L’Union européenne est bien au cœur de cette négociation – mais aussi jugée responsable du blocage des négociations sur le protocole ABS. Cela pourrait lui valoir de recevoir le «DoDo* Bird Award», qui sera remis par les ONG à la fin de la négociation aux pays qui aura le plus bloqué le processus de négociations empêchant ainsi tout progrès pour la biodiversité et contribuant au taux alarmant de disparition des espèces. Aujourd’hui l’UE et le Canada sont nominés… Pas les Etats-Unis qui ne sont pas encore Partie à la CDB. Ils sont présents en tant qu’observateurs, et connus pour être «le fantôme le plus influent des négociations»! Il se dit aussi qu’en fonction de l’issue de la négociation sur le protocole ABS, ils pourraient devenir Partie à la Convention.

L’arrivée des ministres demain est maintenant attendue. Espérons que ceux-ci aient les mandats nécessaires à lever les blocages actuels. Je suis curieuse de découvrir l’attitude et la position des Etats de l’Union européenne et leur capacité à rester coordonnés pour ne parler que d’une seule voix par le biais de la Commission ou de la Présidence du Conseil.

* Le Dodo est un oiseau qui vivait sur l’île Maurice et qui fut chassé jusqu’à extinction totale, à la fin des années 1960.

octobre 27, 2010 at 11:58 Laisser un commentaire

Sommet onusien sur la biodiversité (COP10): Des contributions financières volontaires, encore un effort

Suite l’annonce de la Belgique d’engager 10 millions d’euros dans le programme REDD+ contre la déforestation, c’est au tour du Japon de s’engager hauteur de 2 milliards de dollars sur 3 ans pour les stratégies nationales de sauvegarde de la biodiversité des pays du Sud.

Il s’agit là d’excellentes nouvelles : le Japon avance un chiffre intéressant et la Belgique montre par son action contre la déforestation que biodiversité et climat sont liés. A Nagoya, ces deux pays sont les premiers à montrer que la sauvegarde de la biodiversité passe aussi par des investissements publics.

L’urgence est grande. Attention de ne pas se satisfaire de simples effets d’annonces qui ne doivent pas occulter qu’il reste encore plusieurs impératifs à remplir d’ici la fin du sommet. Il est nécessaire aujourd’hui que l’ensemble des pays de l’OCDE s’engagent solidairement et qu’ils adoptent des engagements, pas simplement volontaires, mais aussi contraignants. Ensuite, il est à démontrer que ces mêmes pays doivent s’engager à hauteur de 0,3% de leur PIB : nous en sommes encore loin. Le temps des promesses est révolu. Est désormais venu celui de l’action, comme il est temps pour l’UE de s’exprimer d’une seule voix sur ces enjeux fondamentaux. Allez encore un effort.

octobre 26, 2010 at 5:50 Laisser un commentaire

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Livre : La Biodiversité, Une Chance…

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