Bataille du siège du Parlement : Ne nous trompons pas de combat

novembre 20, 2013 at 5:40 1 commentaire

Le Parlement s’est prononcé aujourd’hui en faveur du Rapport Fox/Häfner sur un siège unique de notre institution, choisi par les eurodéputés. Le score est sans appel: 483 pour, 141 contre, 34 abstentions. Soit 73,4 %. de partisans d’une concentration des institutions sur Bruxelles. Une « victoire de la démocratie » pour les partisans du siège bruxellois. Mais en sommes-nous vraiment si surs, tant le résultat de ce vote est préoccupant à plus d’un titre ? Non pas tant par rapport à Strasbourg qui, quelles que soient les gesticulations de couloirs, reste et restera de par les traités, le siège du Parlement, seuls les États pouvant en décider autrement, et à l’unanimité de surcroit. Non, le risque est bien ailleurs.

Le Parlement est à ce jour la seule institution européenne élue au suffrage universel. Elle est souvent, et l’a prouvé plus d’une fois, l’un des derniers remparts contre des politiques prônées par les États ou la Commission contraires aux intérêts des citoyens. Et c’est en toute indépendance et loin des pressions institutionnelles ou de lobbies industriels qu’elle assoit régulièrement, depuis Strasbourg, sa force, son indépendance et sa légitimité. Dire qu’il existe une Europe de Bruxelles et une Europe de Strasbourg n’est pas qu’une simple formule. C’est une réalité de plus en plus ancrée dans le réel et que les citoyens, qui se tournent de plus en plus vers nous, des libertés numériques aux gaz de schiste, en passant par la lutte contre le chalutage en profondeur, ne manquent pas eux-mêmes de relever.

En faisant de la bataille du siège un enjeu de supposée démocratie c’est cette réalité que l’on nie. C’est laisser croire que hors de Bruxelles le Parlement ne pourrait pas mener à bien son action, alors même qu’il n’a cessé de gagner en pouvoir et en victoires ces dernières années. C’est faire croire à une impuissance sans fondement et faire le jeu des eurosceptiques qui ne cessent de chercher à détricoter les pouvoirs politiques de notre institution.

Coût du Parlement: 10 cents par habitant

L’argument principal avancé par les tenants de Bruxelles n’est pas innocent: le coût du siège strasbourgeois, auquel ils ne manquent pas d’ajouter le prétendu enclavement de la capitale alsacienne, pourtant reliée par pas moins de six aéroports limitrophes. Le coût, oui, peut-être un argument »parlant » pour les citoyens. Mais à ceci près qu’en trois ans, les évaluations financières publiées par les anti-Strasbourg n’ont cessé de varier, voire de se contredire, alors que les chiffres sont pourtant on ne peut plus transparents: le coût du siège strasbourgeois est de 10 cents par Européens. Un dixième du prix d’une baguette de pain. 0,04% du budget de l’Union.

Dix cents: est-ce vraiment trop payer pour garantir aux citoyens une institution forte et indépendante de l’exécutif bruxellois et des lobbies installés? Est-ce vraiment un coût trop élevé pour défendre la paix et la démocratie en Europe? Soyons sérieux. Est-ce vraiment le budget européen que menace le siège strasbourgeois? Est-ce le revenu des ménages qu’il menace? Ou sont-ce simplement quelques intérêts privés déguisés derrière ce que l’on voudrait comme une « affaire démocratique »?

Ne tombons pas dans le piège des eurosceptiques

Il est temps d’être clair et de remettre quelques pendules à l’heure. L’affaire du siège, si l’on peut l’appeler ainsi, n’a rien d’une affaire financière. Elle n’a rien non plus d’une affaire visant à faciliter le travail des parlementaires, à moins de considérer que tout au long de son existence et malgré l’attachement que lui apporte chaque année un peu plus les citoyens, celui-ci n’a pas existé politiquement et législativement. Non, c’est avant tout d’affaire politique qu’il s’agit.

Sur ce point il est d’ailleurs intéressant que les mêmes qui appellent au regroupement des institutions sur Bruxelles sont les premiers à dénoncer le « super État » européen, concentré dans la capitale belge. Un peu de cohérence de leur part plaiderait à l’inverse pour le maintien d’une décentralisation qui a fait ses preuves au regard de l’intérêt des citoyens. A moins de ne se servir, après, d’un tel regroupement institutionnel pour dénoncer le fantasme d’hier – la trop forte proximité des institutions – qu’ils auront œuvré à rendre réel.

Où est l’intérêt des citoyens et de l’Union à aller dans une telle direction? Est-ce enfin – cette bataille du siège – vraiment ce qu’attendent de nous nos concitoyens en période de crise sociale, économique, monétaire, financière, écologique? Est-ce cela la réponse, l’urgence, que nous comptons apporter à la résolution de ces maux qui chaque jour renforcent un peu plus les populismes de tous bords? Est-ce cela que nous comptons leur offrir : le regroupement des institutions comme solution de sortie de crise? Là encore soyons sérieux.

Des réformes autrement plus urgentes à mener

Oui, il est grand temps d’être clair et de remettre les pendules à l’heure car pendant que certains s’affairent à détricoter en vain nos institutions, notre rôle consisterait bien mieux à nous accorder sur la définition de politiques innovantes tant en matière sociale, économique ou écologique. C’est cela l’urgence, c’est cela qu’attendent de nous celles et ceux qui nous ont donné mandat pour siéger dans la plus grande institution démocratique d’Europe.

Et cela passe par de l’audace politique, par le rejet des conformismes et la proposition de véritables solutions aux écueils que nous affrontons. Cela passe par le vote, par exemple d’un budget européen emprunt d’une véritable vision d’avenir, différent de celui qu’ont voté de nombreux opposants à Strasbourg et qui, malheureusement, n’aura pour seul effet que de creuser un peu plus les déficits et d’empêcher toute relance économique. Comme l’énonçait récemment ma collègue Isabelle Durand, « de Barroso à Van Rompuy, on nous répète que sortir de la crise se fera avec plus d’Europe. Mais un budget en baisse de 9%, qui maintient les inégalités entre agriculteurs, continue à alimenter ce gouffre financier que représente ITER, et qui baisse la solidarité internationale et l’enveloppe en matière de Recherche, traduirait ce plus d’Europe et serait la solution ? »

Que penser également de l’urgence à développer des emplois verts qui pourraient bénéficier à plus d’un million de nos concitoyens, au travers d’une réforme énergétique innovante et ambitieuse? Que penser enfin de la protection des données personnelles et des libertés numériques de nos concitoyens à l’heure de l’affaire Prism et des multiples atteintes dont ils font l’objet tant de la part des industriels que de nos propres États contre leur vie privée? Ne sont-ce pas là des dossiers autrement plus urgents à traiter que de débattre en vain sur le regroupement de notre institution à Bruxelles, Strasbourg ou ailleurs ? Quel regard croyons-nous être celui que portent nos concitoyens sur cette querelle institutionnelle ? Croyons-nous vraiment qu’ils applaudissent à l’idée que nous consacrions au moins autant de temps à des sujets qui ne les touchent pas qu’aux réformes économiques, sociales et écologiques qu’ils nous ont demandé de mener?

Alors oui, je pose en retour cette question: où est la victoire de la démocratie dans ce vote? Qu’y-a-t-il à se réjouir de faire la Une de la presse en faisant passer comme prioritaire et essentiel un tel dossier ? Est-ce cela l’image que nous voulons donner de notre institution ou celle que cherche, non sans succès visiblement, et malgré tout le travail de fond accompli par notre institution, à en donner celles et ceux – eurosceptiques – dont le seul but est justement de dévoyer l’action du Parlement et d’ôter tout garde fou démocratique à nombre de politiques d’arrière garde menées par les États membres? Car au-delà, de l’intérêt partisan ou médiatique de la bataille du siège, c’est bien de cela qu’il s’agit.

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Un commentaire Add your own

  • 1. ARTHUYS jacques  |  décembre 17, 2013 à 8:04

    Il n’y a aucune victoire de la démocratie.
    Celle-ci repose sur le principe mainte fois redit de la séparation des pouvoirs.
    Y a-t-il séparation des pouvoirs sans séparations des lieux ?
    Cette décision nous explique, in fine, que le pouvoir n’est finalement que question d’économie.
    Pourtant tout l’édifice européen se fonde sur cette capacité qu’il a voulu d’échapper à la puissance de l’argent (ou aux puissances d’argent).
    Le bas de laine y a peut-être gagné, la démocratie européenne sûrement pas.

    Et je crains que nous ne payions longtemps cette tragique erreur.

    Jacques Arthuys

    Réponse

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