Tribune Marianne : « Nourrir ou surproduire, nourrir ou s’enrichir? »

juin 14, 2013 at 5:14 2 commentaires

ogm L’alimentation et l’agriculture sont au cœur des problématiques environnementales d’aujourd’hui. Alors que nous serons bientôt 9 milliards sur cette planète, nourrir la population mondiale s’impose comme un défi majeur de ce siècle.

« Les OGM peuvent-ils nous délivrer de la famine ? » Non. Principal argument utilisé depuis plus de 10 ans, pour rendre socialement acceptable le développement des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), il est erroné. Ssi tel était le cas comment expliquer que certaines populations du globe subissent la malnutrition et la pénurie tandis que d’autres au contraire se retrouvent avec un excédent qui se transforme en gâchis. La journée internationale de l’environnement célébrée la semaine dernière, dans une indifférence certaine, avait pour thème la lutte contre le gaspillage alimentaire. Derrière le slogan « Think. Eat. Save », se cache en effet une réalité effarante : plus de 30% de la production alimentaire mondiale finit dans les poubelles, ce chiffre approche même 50 % en Europe. Dans le même temps plus de 20 000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque jour de faim. En Europe, 16 millions de citoyen-nes européen-nes dépendent de l’aide alimentaire.

Nos modèles de production intensifs et mondialisés, consommateurs en énergie, en ressources et en sols, ne sont pas capables d’assurer une alimentation à tous et moins encore une alimentation saine exempte de risques sanitaires pour les citoyen-nes. Ils contribuent au renforcement de l’aggravation de la crise écologique, participent à l’appauvrissement des sols, la fragilisation de la ressource en eau et la perte en biodiversité.

Avec les écologistes, nous soutenons une transformation de ce modèle de production alimentaire pour un modèle dont profitent d’abord le producteur-paysan et le consommateur. Cela suppose une valorisation des circuits courts de production-consommation, un soutien massif aux producteurs biologiques, le développement d’une agriculture qui favorise la préservation de la biodiversité par la limitation de ses intrants et des pesticides. Un modèle qui contribue à réinstaurer la confiance des consommateurs face aux scandales alimentaires que nous avons connu ces dernières décennies (crise de la vache folle, poulet à la dioxine, chevaux qui se prenaient pour des bœufs). Un modèle qui garantisse la qualité et l’origine des produits consommés. Un modèle qui participe à la sécurité mais aussi à la souveraineté alimentaire. Ce modèle est sans OGM.

Au regard des défis environnementaux, sanitaires et économiques qu’ils soulèvent, comment peut-on encore penser que les OGM puissent éradiquer la famine ?

Il est irresponsable d’imaginer qu’on œuvre pour le bien de la planète et de ses habitant-es en offrant une mainmise encore plus grande à l’industrie agro-alimentaire sur le bien commun universel que représentent pour l’agriculture les espèces naturelles cultivées. Le développement des OGM est symptomatique du renforcement de l’emprise de l’industrie agroalimentaire sur l’agriculture mondiale qui s’oppose au développement de la souveraineté alimentaire des pays dont la production agricole est principalement destinée à l’exportation. La perspective de rendre dépendants de plus en plus de paysans à leurs produits au moyen des semences génétiquement manipulées et brevetées est bien réelle. En 1998 déjà, les pays d’Afrique (hors l’Afrique du Sud, pays producteur d’OGM) exprimaient[1] leur crainte de voir les images de pauvreté et de faim de leurs pays être utilisés par des multinationales afin de promouvoir une technologie qui n’est ni saine, ni respectueuse de l’environnement et ne leur bénéficie en rien…

Les OGM tentent de gagner du terrain dans nos champs, nos assiettes et nos laboratoires, alors même qu’il n’existe pas actuellement d’étude jugée impartiale attestant qu’ils n’ont pas d’impacts sanitaires et environnementaux à long terme. Ils sont l’un des nerfs de la guerre dans laquelle nous a embarquée l’industrie agro-alimentaire refusant de se plier au désaveu citoyen. Et ce n’est pas une guerre contre la faim qui motive les promoteurs de ces « nouvelles technologies alimentaires » mais plus simplement, une guerre commerciale et économique. La recherche en biotechnologies capte les investissements au détriment d’autres champs de recherches tels que l’agronomie ou l’agro-écologie. L’agriculture intensive monopolise la majorité des financements publics au détriment de l’agriculture biologique alors même que le rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture établissait en 2007 que l’agriculture biologique peut produire assez par habitant pour nourrir la population actuelle de la planète…

[1]« Let’s nature harvest continue! », réponse de tous les délégués africains (à l’exception de l’Afrique du Sud) aux négociations organisées par laFAO sur l’« International Undertaking for Plant Genetic Resources », juin 1998

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2 commentaires Add your own

  • 1. dominominus  |  juin 14, 2013 à 7:09

    J’accuse les gens de pouvoir égoïstes et égocentriques d’orchester « l’extermination innocente », en fait assassine et indistincte de masses populaires. L’argent est un bon serviteur, mais un très mauvais maître. L’argent est une invention humaine, qui n’a de valeur que ce que certains hommes décident de lui donner au fil du temps qui passe. J’ai dit ça, j’ai rien dit !

    Réponse
  • […] See on sandrinebelier.wordpress.com […]

    Réponse

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