Loup, Y es-tu? M’entends-tu? Etc…

août 7, 2012 at 6:38 3 commentaires

Parce-que vous êtes plusieurs à m’avoir demandé une réaction que je ne souhaitais surtout pas purement polémique et faisant le jeu de ceux qui n’ont d’intérêt qu’à nous éloigner des vraies questions, que posent cette prise de position* que je juge contestable en de nombreux points, qui mérite une analyse et une réponse sans démagogie et sans fanatisme partisan. Je ne souhaitais pas participer à une stérile polémique et simplification du sujet qui aurait pu se résumer à « Les écologistes ne sont pas d’accord entre eux »… Oui, sur cette question et au moment où j’écris ces mots, nous avons un différend… assurément pas insurmontable et à ce stade du débat qui ne manquera pas d’être repris et développé lors de nos journées d’été à Poitiers, fin août, j’ai fini par poster ces quelques réflexions sur mon mur FaceBook :

Quelle est aujourd’hui la plus grande menace et la cause principale de la détérioration des conditions de vie et d’activité des éleveurs de montagne? L’industrialisation de la production alimentaire et sa mondialisation? L’artificialisation galopante de nos territoires? L’artificialisation de nos modes de consommation et modes de vie? La cohabitation entre « grands » mammifères est-elle devenue totalement impossible et ingérable? N’a t-on aucune autre réponse que l’éradication et la destruction en cas de conflit de territoire? C’est une bien drôle de manière d’envisager nos interconnexions dans un monde vivant. C’est d’une incroyable banalité de replis dans la facilité et de refus ou d’ignorance d’adaptation de pratiques alors même que des solutions alternatives existent. Sommes nous vraiment incapables (psychologiquement et pratiquement) de nous adapter à la ré-apparition d’un mammifère qui avait disparu de notre territoire sous la pression de nos choix de développement et d’aménagement du territoire trop rapides et bien plus prédateurs que ne l’est l’espèce dans le viseur… ou s’agit-il, une fois encore d’une posture court-termiste? Je penche, sans surprise, pour la seconde solution. Je penche, sans surprise, pour la loi : Celle de la nature qui nous invite à l’intelligence de cohabiter et à trouver les justes équilibres. Celle de la république qui définit comme un délit (passible d’amende et de prison) la destruction volontaire d’une espèce protégée qui ne doit son statut qu’à sa rareté et sa fragilité, conséquences de nos irraisonnés et irraisonnables choix passés. Si c’est le loup qui menace l’agriculture de montagne aujourd’hui ici, et là-bas l’ours et que la bonne et unique solution est de les tuer… et c’est tout. Et tout ira mieux?! Je crains qu’à terme on ne fasse place net qu’à un malheureux désert qui n’aura de cesse de s’étendre… Et ma conviction est que les éleveurs de montagne ne seront jamais les grands gagnants. Alors, si on posait les fusils et qu’on imagine une nouvelle alliance… en évitant ensemble tout bain de sang inutile? We can do it ! Alors juste faisons le pour ré-inventer et redynamiser ensemble le développement de nos territoires ruraux !

*position de mon ami et collègue José Bové, que je n’ai pas réussi à joindre (de mon fait/mauvais réseau tel) et qu’il me parait tout aussi abusif que sa prise de position de le transformer aujourd’hui en « Grand méchant loup » sans avoir eu échange et discussion sur ce qui légitiment aujourd’hui nos différences de jugements sur la situation et les solutions qu’on peut y apporter.

Pour envisager des alternatives aux tirs au loup avec France Nature Environnement…

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3 commentaires Add your own

  • 1. elodie erdmann dulac  |  août 12, 2012 à 6:52

    Si je puis me permettre, votre article vaut pour bien d autres choses puisque en le lisant j ai tout aussi clairement pensé à la chasse au requin entreprise à la réunion…
    Pourquoi faudrait-il que ce soit dans tous les cas la fin de ces animaux lorsque notre interdépendance est depuis longtemps déjà prouvée ?

    Réponse
  • 2. Jacques ARTHUYS  |  août 18, 2012 à 4:58

    Notre espèce qui ne doit son existence qu’à son obstination à survivre au cœur d’une Nature hospitalière, nourricière, mais aussi hostile voire meurtrière, a pratiqué du temps de nos très lointains ancêtres la cohabitation avec les grands mammifères et vivant en général.

    Cette cohabitation n’a pas résisté à notre intelligence, à notre raison et à notre culture fondée sur une lecture de la domination de la Nature [ Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre (Gén. I v. 26) ].

    Dès lors, les interconnexions avec le vivant ont été soumises à notre puissance démiurgique. De son point de vue, l’Homme ne détruit pas : il se développe ; il n’éradique pas : il se protège. Notre posture n’est pas court-termiste puisque de tout temps nous avons agi ainsi.

    Cet ahurissant entêtement à soumettre la Nature est le cœur de notre incroyable banalité. La réapparition d’un loup, d’un ours, d’un lynx et autres rapaces et fleurs nous pose un problème culturel et peut-être ontologique. S’il nous est possible de voir la Nature, il nous est impossible de nous concevoir lui appartenant. Nous pouvons- nous penser frère d’un autre humain, pas d’un animal ou d’une plante.

    C’est sans doute pour palier à d’évidents excès, observés, que nous avons eu recours à la loi. Mais c’est la Loi extérieure. Notre Loi intérieure n’as pas (encore ?) de place pour la Nature autrement que comme capital, à la rigueur patrimoine, mais pas Pachamama !

    Le débat actuel ne sort pas ou peu du schéma de pensée utilitariste. Ce « ou… ou… » qui conduira sûrement au ni… éleveurs, ni… grands mammifères, sauf si nous savons mettre en œuvre le « et… et …».

    Pour ce faire, nous aurons besoin d’accomplir une métamorphose radicale, un changement de paradigme de notre civilisation cartésienne. Parvenir à cette nouvelle alliance avec le vivant nous contraindra à (re)visiter nos terres intérieures. Et à l’instar des peuples premiers réapprendre à marcher pieds nus sur la terre sacrée.

    Réponse
  • 3. Baudouin DeMen Ten  |  août 21, 2012 à 10:04

    Lu dans Le Dauphiné : « Derrière un fait divers, tragique (l’attaque de brebis par le loup), c’est en fait une vraie question de société qui est posée : l’effondrement de la nature. Les éleveurs sont unanimes : partout où le loup est passé, les éleveurs ne viennent plus, la nature n’est plus entretenue, la vie s’en va. Inexorablement.”

    Totalement éradiqué par l’Homme en France à la fin des années trente (le dernier loup est abattu dans le Limousin en 1937), le loup a fait sa réapparition dans le Parc national du Mercantour (Alpes-Maritimes) en novembre 1992.

    La vision du monde par les ultrapastoraux est étrange : avant 1937, pas de vie en France, après 1992, plus de vie non plus. Le paradis pastoral n’a duré que 55 ans, deux générations. C’est pas bien long. Moi qui croyais que la (agri)culture française était une longue histoire…

    Réponse

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