« Face à l’abstention record, les femmes vont vous donner envie de voter ».

janvier 29, 2011 at 9:11 Laisser un commentaire

Contribution dans le cadre des Etats Généraux du Renouveau Libération-Marianne du 30 janvier 2011

« LE CITOYEN et l’ELECTEUR…. Les abstentionnistes seront-ils le premier parti du XXIème siècle? »

A l’occasion des élections européennes de juin 2009, l’abstention a une nouvelle fois battu tous les records. Selon le Parlement Européen, son niveau a atteint presque 57%. En juin 2004, l’abstention avait touché 45,7% des électeurs inscrits dans les 25 Etats de l’UE (contre 37% en 1979 lors des premières élections au Parlement européen) alors que les enjeux étaient considérables. Cette abstention s’impose dans tous les pays, exceptés quelques pays où le vote est obligatoire – la Belgique et le Luxembourg notamment.

Est-elle le signe d’un désintérêt civique ? Plusieurs analyses montrent qu’il ne s’agit pas d’une forme d’abstentionnisme d’indifférence ou structurel, mais plus d’un abstentionnisme de protestation des pouvoirs nationaux. Elle est le reflet de l’émergence d’un nouveau type de citoyen, moins fidèle au vote partisan, au comportement volatile, sensible aux effets de campagnes et privilégiant d’autres formes de participation politique. Ce phénomène touche toutes les catégories sociales. Le non usage du vote européen reflète un rapport plus flou à la décision de voter mais aussi un modèle de participation plus critique alliant vote et non vote dans un rapport complémentaire. L’acte de voter n’est plus considéré comme le premier acte d’expression politique du citoyen, tout particulièrement lors des élections européennes, souvent considérées comme des élections « simultanées nationales de second ordre ».

De cette analyse et ce constat, je crois que nous devons nous poser la question simple : « C’est quoi la politique ? ». Cette question, je me la suis particulièrement posée au moment de quitter mes fonctions de direction de France Nature Environnement pour rejoindre le mouvement Europe Ecologie-Les Verts et être candidate aux élections européennes. Je me la suis particulièrement posée, à ce moment là, face à des médias et personnels politiques qui n’avaient de cesse de me qualifier de « novice en politique ». Ce qui ne correspondait pas à ma réalité. Oui, pour la première fois je me présentais à une élection au suffrage universel direct, pour représenter les citoyens dans une institution. Mais, mes 12 ans au sein d’Alsace-Nature et de FNE relevaient de l’engagement militant, relevait de l’action politique, dès lors que pour moi, « la politique » n’est rien d’autre que « la vie de la cité, le vivre ensemble ». Le sens profond de la politique, n’est-il pas « d’avoir un projet de société, de le porter et d’y associer tous les citoyens » ? Dès lors, comment peut-on imaginer qu’il se limite à une catégorie de la société et à une seule forme d’action réduite à une délégation de pouvoir ? Ce n’est pas ma vision de la Politique.

1) Mon engagement entant que députée européenne, un prolongement de mon engagement associatif

André Breton qui déclarait en son temps: «Je ne veux pas changer la règle du jeu, je veux changer le jeu» exprime justement l’ambition qui me guide : générer un nouveau rapport au politique en s’appuyant sur la vitalité de la société, dans ses diversités d’actions démocratiques.

Mon mode d’action et la famille avec lesquels j’ai grandi ce sont les associations de protection de la nature et de l’environnement dans et pour lesquelles j’ai œuvré pendant 12 ans. Je ne me prédestinais pas à entrer dans le champ politique électoral. Alors, pourquoi me présenter aux élections européennes? Mon choix a d’abord été de rejoindre le Rassemblement Europe Ecologie, de rejoindre la famille des écologistes ouverte au-delà et avec les partis politiques écologistes pour participer au portage d’un projet de société et d’une nouvelle offre politique pour répondre à la crise. J’y ai vu un nouvel espace politique fort de la complémentarité de l’action de l’écologie partisane, l’action associative et l’action citoyenne menées depuis des années en parallèle. Il n’y a que dans cet espace que je pouvais envisager de prolonger mon engagement associatif au champs politique partidaire, et imaginer pouvoir être utile en restant parfaitement cohérente avec mes convictions que nous ne pouvons plus continuer à exploiter l’homme et la planète sans nous mettre de plus en plus en difficulté. Et si je crois que l’action est indispensable et utile à toutes les échelles du territoire : de la commune, en passant par la région, jusqu’aux décisions nationales, j’ai la conviction que les solutions à la crise sans précédent que nous connaissons aujourd’hui ne peuvent être qu’Européenne. Penser ou dire le contraire, arguer du protectionnisme national dans la période que nous connaissons est mensonge et suicidaire ! Aujourd’hui, notre projet de changement de société, pour une société plus juste, plus solidaire et plus écologique, pour une sortie de crise par le haut ne peut se concevoir qu’à l’échelle européenne. Mon expérience dans le domaine de l’environnement m’a toujours rappelé que la nature et les pollutions ne connaissent pas les frontières administratives nationales. Allez expliquer à un oiseau migrateur ou au nuage de Tchernobyl qu’ils doivent s’arrêter au Rhin côté allemand parce que la France ne respecte pas les périodes de chasse ou qu’elle n’assume pas les risques de sa politique énergétique du tout nucléaire. C’est une évidence, notre avenir se jouera à l’échelle de l’union européenne et les 5 prochaines années seront primordiales. Je me réjouis de pouvoir contribuer au changement à l’échelle la plus pertinente qui soit dans la continuité du travail de sensibilisation aux enjeux environnementaux que j’ai pu mener ces 10 dernières années à l’échelle régionale et nationale.

Et je n’oublie pas d’où je viens, je n’oublie pas les causes de désaffection qui étaient les miennes face au personnel politique que nous ne rencontrions que pendant les périodes électorales et qui disparaissait ensuite… Alors, les dossiers que j’ai pris en charge au Parlement Européen s’inscrivent dans la continuité des sujets pour lesquels j’ai œuvré ces 10 dernières années : la biodiversité, l’économie et l’environnement, les OGM, la protection des sols, l’accès à la justice, l’initiative et la participation citoyenne…auxquels se sont ajoutés des dossiers comme les libertés numériques qui constituent pour moi des enjeux majeurs de l’exercice démocratique. Et ces dossiers, je les mène, les porte et les construit en lien permanent avec la société civile, les associations et les citoyens européens par des échanges, auditions et dialogue permanents. Je rends compte de mon activité quasi quotidiennement par internet, par des publications et vais à la rencontre des citoyens sur les territoires le plus souvent possible…

2) Les femmes vont vous donner envie de voter ?

Ce n’est pas parce-que je suis une femme que je vais vous donner envie de voter, c’est parce que j’ai une vision de l’avenir et de la société que je vous invite à partager et à mettre en œuvre ensemble… Parce que je crois que si la question de la composition du personnel politique est importante, c’est d’abord et prioritairement sur les pratiques qu’il faut s’interroger.

Alors, c’est vrai qu’aujourd’hui la composition du personnel politique est majoritairement masculine (ex : Assemblée Nationale (471 hommes pour 106 femmes) avec l’une des moyennes d’âge les plus élevé en Europe et ethnocentrique). C’est vrai qu’il est rare de trouver une jeune femme dans le personnel politique… C’est vrai, que se poser la question de faire du politique de façon différente nécessite d’abord de faire tomber quelques clichés. Par exemple : Est-il juste de penser que les femmes sont plus sensibles à l’écologie, à une alimentation saine parce-que traditionnellement elles s’occupent des enfants? Toutes les femmes seraient alors de facto écologistes ? Toutes les femmes, parce-qu’elles sont femmes auraient la même pratique du politique ? La réalité et l’histoire nous démontrent que ce n’est pas le cas. Toute femme que je suis, je ne me trouve aucun point commun politique avec Margaret Thatcher ou Nadine Morano par exemple. Les femmes parce-qu’elles sont femmes présenteraient une singularité et expression politique commune qui permettrait de caractériser une approche féminine du politique ? Je l’ai cru un temps. Aujourd’hui, l’exemple du Front National m’a définitivement fait renoncer à cette idée. Jean-Marie ou Marine Lepen, homme ou femme, le discours, le projet, les pratiques sont les mêmes.

Oui nous devons légitimement nous interroger et considérer qu’il y a un appauvrissement de la composition du personnel politique par rapport aux diversités, aux pluralités, aux richesses présentes dans notre société. Nous pouvons dire que les femmes, malgré un engagement et une volonté croissante ont encore des difficultés à s’imposer dans le champ politique. Ce constat ne procède pas d’un basisme propre à certains courants, ni d’une dénonciation du « tous pourris » extrémiste. C’est une réalité et vouloir y pallier s’inscrit simplement dans une vision du respect des fonctions électives et une volonté que les représentants restent en contact, en lien avec la réalité de la société dont ils sont issus. Il s’agit de renforcer, d’intensifier le lien entre la société et le politique, augmenter sa vitalité pour favoriser la diversité et sa représentativité. Le renouvellement et la diversification du personnel politique, la pratique du politique et la réconciliation entre le citoyen et la chose publique sont des données communes à un problème unique qui nous oblige collectivement et individuellement à revisiter profondément notre vision du politique et de son exercice.

DEBATTRE – S’INTERROGER – PROPOSER pour REDONNER ENVIE et lutter contre l’abstention. Je pense qu’il faut inscrire l’action politique dans l’esprit d’un «open think tank» permanent, d’une nouvelle forme de participation politique. C’est une invitation à évoluer vers une pratique non plus fondé, sur la verticalité de l’exercice politique mais sur son horizontalité. L’idée « novatrice » qu’il s’agit de mettre en pratique tient en la considération que chaque citoyen est aujourd’hui un militant au quotidien, qui n’est pas seulement un électeur, mais qu’il a vocation à être un acteur de valeur, un expert du quotidien, un membre actif dans un nouvel espace politique. Elle s’appuie sur la réalité d’une militance qui est devenue plurielle et multiple, d’une mutation de la pratique militante. C’est notamment cette réalité qui doit nous obliger à imaginer l’évolution de la structure politique, de son rôle et de son action dans son rapport à la société. Si nous réussissons, c’est l’ensemble de notre rapport à la politique que nous pourrons contribuer à changer. Une société coopératrice d’initiatives politiques ouverte produit non seulement des ressources intellectuelles susceptibles de changer notre paysage législatif, mais elle est avant tout force de proposition et de renouvellement de notre représentation du politique. Elle est, c’est ma conviction, de nature à faire reculer la désaffection du politique qui s’exprime dans l’abstention et fait la part belle au développement d’une infecte démagogie. Elle est, c’est ma conviction, de nature à redonner du sens à la politique qui n’est plus le fait de quelques élites mais l’affaire de tous. Elle est de nature à favoriser la diversité qui semble aujourd’hui susciter dans le débat politique plus de craintes que d’espoirs. Il s’agit simplement que chaque citoyen entre en responsabilité du bien commun, de l’intérêt commun à tous. Ce que Max Weber définit comme « l’éthique de responsabilité ».

Advertisements

Entry filed under: Uncategorized.

Meilleurs voeux 2011! De Nagoya à la nouvelle Stratégie européenne pour la biodiversité?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Livre : La Biodiversité, Une Chance…

Facebook

Twitter


%d blogueurs aiment cette page :