Economie de la biodiversité : Quel rôle pour les autorités locales?

septembre 14, 2010 at 11:02 Laisser un commentaire

Un rapport international sur les coûts économiques de la perte de biodiversité et les outils mis à disposition des autorités locales pour répondre à cette menace a été publié le 9 septembre à Cape Town. Ce rapport est le cinquième d’une série de rapports publiés par l’initiative internationale «L’économie des écosystèmes et de la biodiversité» (TEEB en anglais) sous l’égide de l’économiste Pavan Sukhdev.

Le capital naturel du monde diminue dangereusement. Nous sommes confrontés à une vraie crise de la biodiversité. Or cette perte est le résultat du gâchis des ressources et du manque de préoccupation pour les systèmes naturels. Ce rapport vise à promouvoir une meilleure compréhension de la véritable valeur économique des services écosystémiques et à démontrer que maintenir des écosystèmes sains est souvent une option meilleure et moins chère.

Dans ce volet, l’équipe du TEEB met en lumière le rôle clé des autorités locales. Les décideurs politiques locaux doivent fournir de nombreux services simultanément : infrastructure publique, gestion de l’eau et des déchets, développement économique locale, éducation, soins de santé… Leur défi est de maintenir et améliorer la qualité de vie des citoyens alors même que les ressources financières sont souvent limitées. La bonne nouvelle, c’est que la nature a un potentiel énorme pour atteindre ces objectifs ! Protéger les ressources naturelles et la biodiversité est souvent perçu comme un obstacle au développement local alors qu’en réalité, il s’agit d’un véritable levier. Tout un panel d’outils est à la disposition des décideurs politiques locaux pour protéger la nature et faire profiter des services rendus par celle-ci.

Les services écoystémiques
– Services d’approvisionnement : nourriture, eau fraiche, matériaux.
– Services de régulation : qualité de l’eau et des sols, contrôle des inondations et des maladies.
– Services de soutien et habitat : espaces pour les plantes et animaux, maintien de leur diversité.
– Services culturels (bénéfices non-matériels) : de la récréation à l’inspiration spirituelle en passant par la santé mentale.

Les outils à disposition des autorités locales
– Gestion urbaine.
– Gestion des zones rurales et des ressources naturelles.
– Planning de l’espace et évaluations environnementales.
– Zones protégées.
– Systèmes de paiement et instruments basés sur le marché.

Quelques bénéfices chiffrés
– A Kampala (Uganda), l’évaluation des zones humides menacées révèle que l’alternative – le remplacement d’un plant de traitement des eaux usées – coûterait environ 2 millions de dollars par an pour traiter les effluents de la ville.
– Dans les régions côtières du nord du Vietnam où plus de 7% de la population est menacés par les risques naturels, les communautés locales ont planté et protègent les forêts de mangroves. Il s’agit là d’une stratégie plus rentable que la construction et le maintien de barrières artificielles. Un investissement d’1,1 million de dollars a permis d’économiser environ 7,3 millions de dollars, seulement dans le maintien des digues.
– Les autorités locales de Canberra ont amélioré la qualité de la vie urbaine en plantant 400.000 arbres. En plus de rendre la ville plus verte, ces arbres permettront de réguler le micro-climat, réduire la pollution et donc améliorer la qualité de l’air, réduire les coûts énergétiques pour la climatisation et capturer et stocker le dioxyde de carbone. Ces effets combinés devraient représenter entre 20 et 67 million de dollars pour 2008-2012 n matière de valeur générée et d’économies permises à la ville.

Valoriser les biens et services de la nature
Les systèmes économiques desquels nous dépendons actuellement se basent sur la dégradation et la surexploitation des écosystèmes. Estimer et rendre public la valeur des biens fournis et des services rendus par la nature devraient permettre aux autorités, entreprises et consommateurs de prendre des décisions éclairées. En revanche ces considérations purement économiques ne doivent pas faire oublier que la biodiversité peut également être appréciée sur un plan moral, spirituel ou scientifique. Et c’est là qu’il faut percevoir la limite à ne pas franchir. Car l’évaluation économique des services est une chose mais il ne faudrait pas tomber dans une monétarisation de la biodiversité. Des approches non monétaires doivent être utilisées et privilégiées lorsqu’il s’agit de compenser les impacts de la perte de la biodiversité (remise en état, etc). L’utilisation d’instruments basés sur le marché est un moyen d’impliquer le secteur économique dans la valorisation de la biodiversité mais ces instruments ne doivent pas servent de prétexte pour détruire la biodiversité plutôt que la protéger.

« L’économie des écosystèmes et de la biodiversité » (TEEB)
Le TEEB fut lancé en 2007. La Commission européenne, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, le Ministère allemand pour l’environnement et la conservation de la nature ainsi que le Ministère des Affaires étrangères du gouvernement norvégien font partis des donateurs et partenaires. Les quatre premiers volets sont les suivants : rapport intérimaire sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité (mai 2008), TEEB sur les aspects climatiques (septembre 2009), TEEB pour les décideurs politiques (novembre 2009), TEEB pour les entreprises (juillet 2010). Le prochain volet – le TEEB pour les activités des citoyens et des consommateurs – sera publié prochainement. Les résultats finaux seront présentés à la COP10 en octobre à Nagoya (Japon).

La biodiversité au Sommet de Nagoya
Dans six semaines, se tiendra le Sommet international de Nagoya (COP 10) en charge d’adopter un plan stratégique pour les dix prochaines années ainsi qu’un accord pour un protocole sur l’accès aux ressources génétiques et le partage des avantages. Dans sa résolution, les eurodéputés dénonce avec force l’échec de l’objectif mondial 2010 de réduire considérablement la perte de biodiversité et appelle à enrayer la perte de la biodiversité d’ici 2020. Ce Sommet constitue en effet l’occasion unique de mettre la biodiversité au coeur d’un nouveau modèle de société.

Lire le rapport complet (en anglais)
Le résumé de l’étude (en anglais)
Carte interactive de l’Agence européenne pour l’Environnement

Advertisements

Entry filed under: campagnes. Tags: , , , .

Biodiversité: Les Vingt-Sept doivent parler d’une seule et même voix à Nagoya L’Union augmente son soutien au secteur de l’apiculture: Oui, mais…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Livre : La Biodiversité, Une Chance…

Twitter

Erreur : Twitter ne répond pas. Veuillez patienter quelques minutes avant d'actualiser cette page.


%d blogueurs aiment cette page :