Entretien avec Touteleurope.fr / Sandrine Bélier : «Familiariser les élus avec les réseaux sociaux pour qu’ils en aient moins peur»

juin 30, 2010 at 2:29 Laisser un commentaire

Invitée à participer aux Ateliers de l’élu 2.0, lancés au niveau national par Nathalie Kosciuzko-Morizet, qui ont vu se développer une branche dédiée aux députés européens, je reviens pour Touteleurope.fr sur l’intérêt et le rôle complémentaire que peuvent avoir les nouvelles technologies, en particulier les réseaux sociaux pour les parlementaires européens. Ainsi que sur les enjeux de la neutralité du Net.

Touteleurope.fr : En quoi ce type de formation est-elle importante pour les eurodéputés ?
Sandrine Bélier : Cela dépend des élus, car une partie est déjà très familiarisée avec Internet et les réseaux sociaux. Nous avons vu naître les réseaux sociaux et nous les utilisions avant même de faire de la politique et d’être élus. Une autre partie des députés, une majorité, se sent encore étrangère dans son rapport à Internet. On sent même des craintes. Pour eux, ce type de formation va leur permettre de comprendre Internet comme un média leur permettant de rapprocher le militant du politique et l’élu du citoyen. C’est un outil qui va leur permettre de mieux comprendre par ce lien direct comment évolue notre société. Internet est entré dans le cadre de cette évolution et des liens se créent par ce biais-là. Le but de ces Ateliers est donc de les familiariser avec les réseaux sociaux et qu’ils en aient moins peur. A moyen terme, même s’il y a urgence, cela pourrait permettre à une partie des élus d’avoir des positions moins craintives et sur la réserve sur les questions numériques. L’ensemble des politiques, notamment européennes et législatives, aujourd’hui, est en train de dériver vers une mise sous contrôle d’Internet ou de restriction de l’accès à Internet.

Touteleurope.fr : L’utilisation de ces nouveaux réseaux sociaux, permet-elle aux élus d’entrer plus facilement en contact avec les citoyens ?
Sandrine Bélier : L’ensemble des outils que nous avons à notre disposition sont complémentaires pour informer, rendre des comptes, échanger, se tenir informer ou pour être au courant des préoccupations de tous les citoyens. Il n’y a pas un outil ou une démarche qui en remplace une autre. Aujourd’hui, la démarche de terrain reste essentielle, malgré nos grandes eurorégions. Je continue d’être en relation direct avec le militant et le citoyen en allant trois fois dans chaque région composant mon eurorégion depuis le début de l’année. Cela reste une nécessité. Les médias traditionnels permettent aussi de porter un certain nombre de débats et de dossiers. Enfin, vient cet outil complémentaire qu’est Internet et que sont les réseaux sociaux où nous ne communiquons pas de la même manière. Il y a des communications qui peuvent être institutionnelles par le biais de blogs par exemple. Dans le cadre des réseaux sociaux, on est davantage dans l’échange, les dialogues courts. Je pense notamment à Twitter ayant une logique d’informations et d’échanges très courts, puisqu’on y est limité en terme de mots. Il faut se rappeler qu’avant, on passait par les mailings avec les adresses mails. L’intérêt des réseaux sociaux réside dans le fait que les gens choisissent de vous suivre, d’aller voir votre page ou non.

Touteleurope.fr : Est-ce que cela développe un espace public européen ?
Sandrine Bélier : C’est une obligation et une responsabilité de parler de ce que nous faisons. Il ne faut pas cacher que l’information européenne n’est pas très bien traitée par les médias traditionnels. Je reste convaincue qu’il n’est pas vrai que les Français ne s’intéressent pas aux questions européennes. Cela dépend de la manière dont on leur en parle. Je l’ai vécu durant ma campagne des européennes en 2009. C’est pour ça que j’avais fait le choix d’une campagne très Internet à ce moment là, par le biais de blogueurs et de différents sites s’intéressant à l’Europe. J’ai ainsi pu développer le projet d’Europe Ecologie sur le fond tout en suivant les débats et les interrogations sur l’Europe. Cela m’a rassuré de voir que, quand on donne le temps et les moyens d’avoir accès à l’information européenne, il y a toute une tranche de la population qui est passionnée par les questions européennes. Je suis ravie d’avoir aujourd’hui Facebook et Twitter pour faire partager le travail quotidien d’un député européen. J’y parle surtout de mes dossiers. On se sent en capacité de parler d’Europe intelligemment et en interaction directe avec les citoyens.

Touteleurope.fr : Êtes-vous réactive sur Internet ?
Sandrine Bélier : Cela dépend des moments et de l’investissement sur les dossiers et les rapports que je porte. Je réponds quand j’en ai la possibilité, mais aussi quand je vois la question tout de suite et qu’elle est simple. J’avoue que j’ai moins de réactivité quand ce sont des questions méritant un long développement ou qui ne sont pas les sujets que je traite en direct. Par exemple, j’ai été interrogé il n y’ a pas longtemps sur l’Iran, j’ai pris mon temps pour répondre. Avec le groupe des écologistes européens, on se répartit les dossiers, donc je relais parfois la position des collègues qu’on a élaboré ensemble. Cette idée d’agora et de démocratie directe est très intéressante, surtout dans ce contexte de risque pesant sur Internet. Il faut sensibiliser les élus à l’usage d’internet pour le «dédiaboliser». Pour le moment, on observe en Europe des positions politiques très pro-ACTA et Hadopi. Je pense que si nos élus avaient une meilleure connaissance de ce qu’est Internet, nous aurions des discussions moins fondées sur la peur et plus sur le fond. En tout cas, moins sur la défensive par rapport à ce nouveau média.

Touteleurope.fr : Comme la «décision 29» fondée sur la pédopornographie ?
Sandrine Bélier : La pédopornographie est un peu le cheval de Troie sur les menaces pesant sur le numérique. Pour Acta (Anti-Counterfeinting Trade Agreement) et l’ensemble des règlements visant à remettre en question la neutralité du Net, c’est le même type d’argument avec la lutte contre le terrorisme. Qui était elle-même le cheval de Troie de Swift pour l’échange de données bancaires. Il y a des combats contre lesquels personne ne peut être opposé. On ne peut qu’être contre la pédopornographie de la même manière qu’on est contre le terrorisme. Ces arguments-là sont utilisés à des fins qui vont au-delà de ce qu’ils annoncent et sont réducteurs des libertés publiques. Pour Swift, c’est la sécurité des données personnelles. Pour Acta, c’est la neutralité du Net et sa mise sous contrôle. Nathalie Kosciusko-Morizet m’avait dit dans un débat : «Nous ne sommes pas en Chine». Oui, mais alors qu’on prévoit dans ce cas-là également les textes protecteurs pour les Internautes. Sur la Loppsi par exemple, on avait seulement des régimes pénaux avec des sanctions sans aucun régime de protection contre des éventuels abus du pouvoir. Derrière il y a aussi la politique du fichage informatique. C’est par le biais de la pédopornographie que la présidence française du Conseil de l’Union européenne en 2008 avait tenté de faire valider Hadopi par le Parlement européen dans le cadre de l’adoption du Paquet télécoms. Les gens qui ne connaissent pas le Net ne comprennent pas les enjeux qui sont derrière. Et politiquement, c’est compliqué de dire que la neutralité du Net est plus importante que de lutter contre la pédopornographie.

Propos recueillis par Fabien Cazenave

Photo: mikeleeorg

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