De Tati à Tati… de Hulot à Hulot… d’une génération à une autre

avril 30, 2009 at 7:13 1 commentaire

Jour de fête chez Tati, en 1949, c’est tout un village en effervescence, car se prépare la fête annuelle. François, le facteur, après avoir vu un film sur les postes d’Outre-Atlantique, décide de distribuer désormais son courrier à l’américaine… Jour de fête chez Tati, en 1979, c’est dans l’esprit d’une gamine née avec le premier choc pétrolier, les préparatifs et achats annuels pour la rentrée des classes et la virée avec sa mère dans le quartier Barbès à Paris, boulevard Rochechouart…

De Tati à Tati, ce sont deux générations qui se regardent et dont les repères ne sont pas les mêmes.

Les « baby boomer » de Jacques Tati, cette génération dont l’idéal est pour certains le capitalisme et le droit à la possession, sont ceux qui se demandent depuis 30 ans quand reviendra la croissance. Ces nostalgiques de l’allégresse de cette période de forte croissance économique des « Trente glorieuses » caractérisée par un plein emploi dans la grande majorité des pays, une croissance forte de la production industrielle (accroissement annuel moyen de la production d’environ 5%) … sans réflexion critique des conséquences de ce modèle de développement. Les « X et Y » ou « Baby Bust et Why » de Tati discount au slogan percutant « Tati, les prix les plus bas », Tati symbole du consumérisme, de l’ère des « Trente destructurantes », d’une société qui depuis 1979 entretient un modèle vicié et périmé, sont ceux qui se demandent quand acceptera-t-on de reconnaitre que cela fait 30 ans que l’on vit en crise pour enfin imaginer passer à autre chose. Ma génération ne connait pas la sécurité de l’emploi, n’a pas connu le monde sans SIDA, elle est née avec les débuts de l’intérêt du grand public pour l’écologisme, avec un sentiment d’appartenance Européenne qui lui a toujours été inculqué, elle a grandi dans les contradictions, l’illusion et le virtuel, elle n’a plus aucune croyance et s’est créée ou s’est vue imposer de nouveaux repères… c’est une génération qui a de l’imagination et cultive l’espoir.

De Hulot à Hulot, c’est une société et une génération qui connaissent un trouble profond depuis 30 ans espérant un changement profond.

Les aventures du Mr Hulot de Jacques Tati s’achèvent en 1973. Ce Monsieur Hulot-là, n’a donc pas connu le deuxième choc pétrolier de 1979 et les déclarations du  ministre de l’Économie René Monory : « Les ménages, et non les entreprises, doivent payer la facture pétrolière ». Il n’a pas vécu la crise ouverte de la sidérurgie en Lorraine dont le  plan de redressement n’évitera pas  que la marche des sidérurgistes à Paris tourne à l’émeute… Il n’a pas vécu les années M. Thatcher et le développement des idées libérales et monétaristes qui entend marquer une rupture avec le passé, ni les promesses d’années quatre-vingt actives, technologiques et gaies.

Il a échappé, 20 ans plus tard, en 1999 à T. Blair et G. Schröder qui portent une social-démocratie européenne adaptée aux exigences du libéralisme… Jacques Tati aurait-il trouvé les ressources de nous faire rire face à la crise économique et sociale latente derrière laquelle s’esquisse une autre crise intimement liée à la première qui s’aggrave et s’exprime avec violence ? On les appelle, Klauss, Mitch, Catarina ou encore Lothar et Martin. Mais ce ne sont pas des personnages de fictions et de cinéma, ce sont des cyclones et des tempêtes qui se multiplient, tuent des centaines, des milliers de personnes et dont les dégâts coûtent des millions, des milliards de dollars ou d’euros.

Mr Hulot est passé du grand au petit écran. Monsieur Hulot a maintenant un prénom, il s’appelle Nicolas. Le Monsieur Hulot des années 2000 n’est pas l’amuseur des années 70 parce que le monde a changé. Il est plus grave. Il tente avec d’autres, de sensibiliser, d’alerter et d’accompagner, d’anticiper le changement plutôt que de le subir. Alors et pendant que les meilleurs spécialistes s’estiment incapables de prévoir la fin de la crise et l’avenir, même proche, avec certitude, et que les partis politiques traditionnels refusent de reconnaître leurs erreurs pour ne nous proposer que des solutions en noir et blanc visant à relancer la croissance par la production et/ou la consommation… Entre deux danses « sur le monde en morceau » avec « l’Homme parle » et avec « les militants du quotidien » réunis au sein d’Europe Ecologie, j’ai envie de rappeler que pour moi, pour ma génération, ça fait trente ans qu’elle dure la crise et qu’il est peut-être enfin temps de simplement admettre que la croissance et les modèles d’hier sont bel et bien morts et de cesser de penser que François le facteur va revenir livrer le courrier !

(Re)découvrir l’univers de Tati / Livres / DVD / etc..

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